PETANQUE
La perfection de l'art
Auteur
: Kaisen
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Bien que la pétanque soit une pratique ancienne, populaire, elle
est appelée à s'élever vers un art plus maîtrisé,
plus réfléchi, où le respect des règles,
celui des autres, l'éthique et l'entraînement prennent
de plus en plus d'importance.
Ce qui en soit est une chose excellente.
Nous devons cet événement à l'effort des médias,
probablement au changement de mentalité au sein de la Fédération.
Mais avant tout, nous le devons à de très grands champions
qui, depuis quelques années, consacrent leur énergie à
promouvoir cet art à son niveau le plus haut.
La pétanque est une discipline du corps-esprit.
Dès que l'on emploie le terme de "discipline", on trouve
plusieurs significations à ce mot.
Tout d'abord : le disciple, le transmetteur.
Puis le fait de : mettre de l'ordre.
Certains pensent qu'il est plus difficile de contrôler l'esprit
que le corps car, par un entraînement régulier, le corps
peut trouver son mode de fonctionnement.
Eh bien, cela n'est pas tout à fait vrai et nous en découvrirons
les raisons en cheminant ensemble à travers cette réflexion
dont le sujet est :
" La perfection de l'art "
Trois boules seulement.
Trois sphères parfaites aux aciers nobles.
Cela nous montre ici le dépouillement de cet art qui n'est d'ailleurs
pas sans relation avec les arts de combat japonais : le Bushido.
C'est un art guerrier qui, dès le début et jusqu'à
la fin, dévoile que le seul ennemi que nous puissions affronter,
c'est nous-mêmes.
Ces ennemis sont en nombre impressionnant :
Voyons d'abord ceux de l'esprit :
- On ne s'entraîne pas suffisamment, pas assez régulièrement
- On aime dominer les autres, on aime avoir le pouvoir sur autrui.
Nous pouvons trouver une différence entre : avoir du pouvoir
sur les autres et posséder de l'autorité.
Dans le mot "pouvoir", nous trouvons l'idée de dominer,
de soumettre l'autre à mon emprise, de le diminuer.
Le pouvoir n'est rien d'autre que le côté le plus négatif
de notre être et cette négativité est un obstacle
à notre progression et à notre propre bonheur.
Dans "autorité", nous trouvons le terme "autoriser".
J'autorise l'autre à être ce qu'il est et à grandir
avec moi.
Mon autorité ne dépendra plus alors du pouvoir que j'exerce
sur les autres mais du regard que porteront les autres sur mon art,
ma discipline et mes progrès.
Disciple - discipline.
Tout pratiquant, même celui se situant au plus haut niveau, reste
disciple.
L'absence de l'esprit de perfectionnement de l'étude complète
de l'art n'est pas la condition d'un bon disciple.
Alors ces obstacles dont je viens de parler font se soulever chez le
joueur de boule, lorsqu'il est en situation, toutes sortes d'émotions
perturbatrices qui deviennent de véritables ennemis.
Même un joueur expérimenté ne pourra échapper
à ses émotions.
Aussi s'agira-t-il de mettre de l'ordre, d'ordonner ce qui est désordonné,
non éclairci, non compris.
C'est souvent en phase finale d'un match, lorsque la pression de la
gagne nous submerge, que ces émotions nous submerge le plus.
Certains appelleront cela "la peur de gagner".
Mais cela ne veut rien dire du tout.
Cela n'explique pas grand chose et ne résout en rien la confusion
qui règne en maître absolu et qui régnera à
chaque match avec de plus en plus de pouvoir à mesure que l'enjeu
grandit.
Je pense que pour parvenir à (entre guillemets) "haut niveau",
il est indispensable, surtout pour rester à ce niveau, de parfaire,
d'être en unité avec le corps.
Pourquoi ?
Tout simplement parce que le corps possède de nombreuses mémoires
que sont nos cellules.
Les émotions et autres traumatismes habitent nos entrailles,
nos mains, jambes, nuque et épaules.
On peut remarquer cela chez celui qui évolue sur le terrain même
: épaules en l'air, démarche raide, poignets tendus, chevilles
manquant de souplesse, regard non transparent, respiration courte et
haletante...
Donc, nous pouvons dès lors constater que la difficulté
n'est pas tant au niveau de l'esprit mais qu'elle est bel et bien ancrée
dans le corps.
Aussi, ne répéter qu'une posture plus ou moins posée,
supportée par un balancier de bras plus ou moins régulier,
ne suffira pas à maintenir dans la durée une qualité
de jeu constante, ni à nous débarrasser de nos propres
obstacles, qui non seulement ne nous ferons pas évoluer dans
notre art, mais ne ferons pas de nous un homme libre et heureux dans
la vie.
Car
après tout, il s'agit bien ici de vie, n'est-ce pas ?
Il n'y a pas d'un côté, la vie et de l'autre, la pétanque.
Si la pétanque peut nous élever d'avantage au-dessus de
nos misères et faire de nous un être de bien, alors, toute
notre vie deviendra "pétanque", c'est à dire
les deux pieds bien plantés, bien alignés dans notre vie.
Nous nous cognons à une porte et nous râlons, mais la porte
n'est pas responsable de notre manque d'attention.
Les boules, le terrain, les autres ne sont pas responsables de ce qui
m'arrive.
Tout ce qui nous rend malheureux, toutes les émotions telles
que la colère, la haine, la jalousie, les médisances,
les rancunes, ... ne viennent pas des autres mais d'un manque de contrôle
de notre esprit.
Les peurs, les angoisses, les stress, les mauvaises sorties de main,
tout cela provient du corps, d'un manque de contrôle du corps.
Ainsi, l'esprit doit contrôler le corps et le corps doit contrôler
l'esprit.
Rien, en ce corps-esprit, n'est jamais fini, jamais établi, jamais
acquis.
Le corps et l'esprit sont mouvants et changent sans cesse.
C'est ce changement qui fait qu'ils respirent librement et qu'ils sont
frais, neufs, non figés par les stagnations de l'esprit.
Quel est donc le plus grand problème pour un pratiquant de pétanque
?
C'est le fait de fixer le corps et l'esprit en un endroit.
Cet endroit peut-être : le poignet, les jambes, la hanche, l'excitation
de la gagne, la peur de perdre, les mauvaises pensées et tous
les états d'âme, sans compter la fixation liée au
jeu, aux boules et au terrain lui-même.
Il y a aussi le fait de vouloir prouver l'excellence de sa technique,
de vouloir paraître et tout l'égocentrisme qui empêche
la détente.
Car c'est bien là de tensions qu'il s'agit.
Nous devrions nous détendre sans arrêt et laisser l'esprit
libre sans le figer nulle part.
Notre poignet, notre corps ne sont jamais assez souples, aussi l'esprit
lui-même est tendu et figé.
Durant un tournoi, lorsqu'on passe son temps à se détendre,
à assouplir, alors les émotions perturbatrices ne peuvent
plus nous envahir, car l'esprit est dans l'action de se détendre.
Aussi, lorsque des émotions se soulèvent, elles se fondent
dans la fluidité de notre corps-esprit, redonnant alors plus
de souplesse encore.
Car une émotion n'est ni bonne ni mauvaise.
Mais on peut en faire un obstacle ou une libération, un bien-être.
Si nous tombons sous l'emprise d'une émotion, elle nous envahit
et nous essayons de la chasser, mais elle ne part pas, elle est seulement
mise de côté.
De côté, elle se cristallise et attend pour se remanifester
plus fort encore.
C'est à ce moment-là qu'on peut perdre de 40 à
60% d'efficacité, voire plus. Je pense que jamais nous ne devrions
négliger une technique, pas même à l'entraînement,
car jeter des boules négligemment par habitude crée justement
de mauvaises habitudes, car la mémoire enregistre tout.
Et puis ces mauvaises tendances réapparaîtront en plein
match, au moment où l'on s'y attendra le moins.
Aussi, nous comprenons par là qu'il ne s'agit plus de pétanque
ou de boules, mais que le corps-esprit est aussi à parfaire,
car, s'il n'est pas équilibré, le jeu sera désastreux.
Après tout, sans mon corps-esprit, mon corps ne peut jouer seul.
Aussi dois-je me parfaire sans arrêt, car c'est ce corps-esprit
qui tire et qui pointe et qui s'oppose aux autres joueurs.
Alors le sport devient tout à coup art, pratique et recherche
d'une qualité autant mentale et spirituelle que corporelle.
Quand je parle de spirituel, il ne s'agit pas de l'entendre dans le
sens religieux tel qu'on le conçoit.
"Spirit" signifiant "l'esprit", si nous plaçons
notre mental, notre concentration du mental sur le corps, la posture,
alors l'attitude du corps, le gestuel devient animé par l'esprit.
Le mental entrant dans la conscience du corps devient corps pensant,
conscient, vivant.
C'est cela le spirituel, rien de plus.
Penser avec la totalité du corps, puis avec le terrain, les autres
et ainsi de suite : nous devenons omniprésent.
La technique s'adapte aux joueurs, au terrain, et devient tactique,
stratégique et lucide.
La bonne méthode pour contrôler le mental et le corps ou
pour unifier le mental au corps est la prise de conscience de la respiration.
Expirer par le nez jusqu'au bas-ventre relâche les épaules
et le corps-esprit.
Les mains sont alors mieux irriguées, le cerveau mieux oxygéné
et donc la conscience de l'oeil fraîche.
Il n'est pas nécessaire de rappeler au joueur de boules que l'adaptation
à la distance de jeu constamment changeante et au relief du terrain
est fondamentale.
La première heure, ça va, mais au fur et à mesure
des parties jouées, l'esprit et le corps se tendent et perturbent
notre capacité.
Donc, contrôle du souffle, détente du corps et jouer en
match de la même manière que nous nous entraînons
et vice versa.
Cela conditionne notre régularité.
C'est la régularité du jeu qui fait de nous un bon joueur.
Etre bon de temps en temps et mauvais à d'autres moments ne nous
fera pas avancer.
Enfin, durant l'été où la chaleur est vraiment
dominante, une respiration profonde, régulière, ventile
le corps et l'on transpire moins.
L'esprit se stabilise et les mains gardent leur fermeté et élasticité.
Inspirez profondément par le nez.
Faites l'expérience de cette respiration et de l'action consciente
de détendre sans arrêt les diverses parties du corps, et
vous verrez alors à quel point votre talent pourra s'exprimer
naturellement.
Pourquoi de grands joueurs expérimentés d'un certain âge
prennent-ils de jeunes tireurs au sein de leurs équipes ?
Tout simplement parce qu'un jeune n'a pas trop de traumatismes et peut
assurer dans des situations difficiles.
Cependant, il existe aussi des jeunes gens qui portent en eux des traumatismes
d'enfance, déceptions amoureuses, scolaires, amicales, et qui,
émotionnellement, dans des moments difficiles, seront victimes
de leurs mémoires.
Nous remarquerons alors qu'il ne suffit pas d'être très
bon tireur ou pointeur pour jouer avec des champions de très
haut niveau où la pression est constante et l'enjeu capital.
Je ne pense pas que Messieurs Daniel Voisin, Christian Fazzino ou Philippe
Quintet choisissent un excellent tireur à l'esprit préoccupé
par lui-même, par ses problèmes.
Mais lorsqu'on fait de la pétanque un art d'équilibre
corps-esprit, alors on peut être à un haut niveau, même
à un âge avancé.
Ensuite : si au départ nous ne sommes pas attachés à
la notion de victoire, alors la pensée de la défaite ne
pourra pas exister.
Jouer, faire évoluer son art même durant un championnat
devrait être suffisant.
Pas nécessaire de penser à l'après ni à
l'avant.
Tout cela encombre inutilement l'esprit.
Nous devrions avoir de la présence par le seul fait d'exister
totalement en ce corps-esprit au coeur du terrain.
Si nous dispersons, revenons aux sensations du corps.
Surtout, ne pas être deux, c'est à dire le mental ailleurs
et le corps nulle part...
Le mieux, pour une pratique longue, est de supprimer au maximum l'effort
personnel à l'occasion de l'envoi des boules.
Que cela concerne le pointage ou le tir, moins on utilisera de volonté,
plus on tiendra le rythme d'une longue compétition, sans accumuler
de tensions inutiles, ce qui est important, car ces tensions deviendront
agressivité, très dérangeantes pour les autres
et pour soi-même.
Donc, encore une fois, travail plus soigné du poignet et du balancier.
Nous devrions avoir cette merveilleuse sensation de la boule qui sort
d'elle-même de la main.
Tout le monde a déjà vécu ces moments où
tout est si facile, sans effort.
Des jours qu'on dira divins, extraordinaires.
La plupart des joueurs recherchent cet état, mais il ne se manifeste
qu'en de rares occasions.
Donc, plus nous nous entraînerons consciemment à faire
sortir la boule sans effort, plus cette occasion exceptionnelle deviendra
pratique quotidienne et envoi permanent.
Je pense, et je l'ai expérimenté autant par la Voie du
sabre que de la boule, que pour un débutant de trois à
cinq années de pratique, viser la boule ou le cochonnet devrait
se faire par une concentration exclusive sur l'objet du tir ou du pointage.
Mais pour quelqu'un d'avancé, son regard, son esprit, devrait
se poser naturellement devant lui, dans un espace ouvert. Il devrait
tirer ou pointer inconsciemment, car, encore une fois, il n'y a pas
que la volonté du conscient qui existe.
Il y a derrière l'invisible : le visible.
Derrière le conscient : le grand inconscient.
C'est lui qui fait que ces jours magiques, faciles, existent et que
tout nous réussit.
Souvent, on entend dire : "Tu as de la réussite".
C'est vrai, mais ce n'est pas non plus un hasard.
Le hasard n'existe pas.
Ou bien on est proche de son propre coeur, de l'inconscient, et tout
se règle naturellement, ou bien on est mental, compliqué
et trop technique, et alors tout devient maladresse.
Lorsqu'il y a un malaise, qu'il n'y a plus l'adresse naturelle, c'est
la "mal-adresse".
Prenons l'exemple de la conduite automobile : il y a des jours où
la conduite nous est insupportable, ou alors nous ne rencontrons que
des obstacles.
Puis il y a ces jours où nous n'avons pas l'impression de conduire.
On passe dix virages, et tout à coup on est surpris de constater
qu'on n'a aucun souvenir de ces virages.
On a l'impression d'avoir été ailleurs.
Eh bien, cet ailleurs, c'est l'au-delà de la conscience.
On est entré dans l'inconscient.
On est entré là où il n'y a plus de maladresse,
plus de danger, plus de maladie, et, j'oserai le dire, plus de mort.
Alors, bien sûr, une fois redevenu conscient, on a un haut-le-coeur
en constatant qu'on est encore vivant après avoir passé
ces virages sans s'en être rendu compte et on se jure de ne plus
recommencer.
Eh bien, c'est là notre erreur.
Car nous étions vraiment dans le réel, dans le vrai présent.
Notre coeur n'a pas besoin du conscient pour battre. Il bat naturellement
par l'inconscient.
Alors, pour en revenir à la pétanque, on est souvent partagé
entre : tout maîtriser de notre art et jouer divinement.
On pense que ce qui est divin ne peut être acquis.
Que cela vient quand cela vient.
Eh bien, c'est une erreur car l'inconscient, c'est moi, et moi je ne
suis rien d'autre
que l'inconscient.
Autrement dit, si je dirige mon entraînement dans le sens "moins
de volonté", alors je susciterai plus souvent l'inconscient
et mon jeu sera plus divin chaque jour.
Bien sûr, si vous croyez au hasard, laissez tomber tout de suite
!...
Par contre, si vous croyez à la réalité d'un travail
intelligent et précis, alors ce qui vient d'être dit vous
sera possible à réaliser.
Encore une fois, une concentration trop exclusive tend l'esprit et l'enferme
en un point, dans le mental.
Alors, au lieu d'avoir le bonheur et la liberté de jouer, notre
mental se cristallisant devient souffrance et mécontentement.
Le regard devrait donc se poser au loin vers la cible mais en englobant
tout le terrain, sans omettre bien entendu la boule à tirer.
Mais cette attention portée sur la boule à tirer ou à
pointer doit être minime par rapport au fait d'englober tout l'espace.
A ce moment-là, l'inconscient est à 70% d'activité
et le mental à 30%.
Juste ce qu'il faut pour bien tirer et bien pointer.
Ce pourcentage semble un peu scolaire, mais cela se fait naturellement
par l'exercice.
Ne pas être prisonnier de la boule, du cochonnet, du terrain ni
de personne.
Etre présent en la présence du tout.
Tout le monde a pu remarquer que, la nuit tombée, on pointe mieux
et on tire mieux.
Pourquoi ?
Parce qu'on ne voit pas bien les pièges que le terrain révèle
en plein jour.
On pointe sans se poser de question et cela arrive au but naturellement.
Pour le tir, c'est pareil.
Donc, soyons un peu obscurs dans la lumière.
Ne cherchons pas la lumière dans la lumière, alors nous
serons divins partout et toujours.
Si nous sommes prisonnier du jeu et de nos émotions, cela ne
passera pas inaperçu à un expert qui saura profiter de
notre emprisonnement pour nous attirer dans ses pièges.
C'est là qu'intervient le côté plus tactique, plus
stratégique du jeu.
Mais cette partie plus tactique, plus stratégique du jeu ne sera
pas évoquée ici car les tactiques sont en nombre infini
et dépendent de paramètres innombrables qui appartiennent
à chacun au moment du jeu.
Donc, notre sérieux sur le terrain n'est pas une attitude figée,
tendue, anxieuse, ou agressive, coupée du reste du monde.
Ce n'est pas non plus l'esprit dispersé.
C'est à la fois une concentration, ou plutôt une attention
portée sur un ensemble, et la liberté détendue
de celui qui n'est enfermé ni par les autres ni par ses propres
émotions.
A ce moment-là, la question de l'éthique, de l'honneur,
de la patience, du calme et de la dynamique ne se posera plus car toutes
ces qualités font partie d'attention lucide, sans pensée
spéciale.
Le coeur de l'attention est grand bien-être, bonté et intelligence.
Pas besoin d'être mauvais ou batailleur pour gagner.
Ce sont les qualités qui gagnent et non l'homme.
C'est prouver à tout le monde que seules les qualités
sont victorieuses sur le malheur du monde.
Un tel homme qui gagne par les qualités gagne l'admiration de
tous les êtres qui le regardent , et même celle de son adversaire.
Donc, le guerrier authentique, c'est celui qui gagne... à être
connu et aimé.
On entend certains dire, en arrivant sur les lieux du championnat :
"Je viens pour gagner !"
Mais, gagner sur quoi ?
L'homme authentique gagne lorsque son esprit gagne en valeur et lorsqu'il
fait grandir ses adversaires.
Sinon, gagner à tout prix, c'est perdre !
Je n'ai jamais dit qu'il fallait dire en arrivant : "Je viens pour
perdre !"
Dire : "Je viens pour perdre !" équivaut à dire
: "Je viens pour gagner !"
C'est la même chose.
Aussi, ne rien dire.
Et, sans pensée spéciale, je viens donner le meilleur
de moi-même.
Quand on a donné le meilleur de soi-même, si on perd, on
perdra juste le match et non son esprit.
C'est le point le plus important.
Cela signifie aussi qu'il me faut m'entraîner d'avantage.
J'ai été très impressionné par une finale
jouée à la Grande Motte ou à Firmini, lors de Masters
2000 avec les équipes Philippe Quintet, Didier Choupet.
Michel Loi et Philippe Quintet ont dit que le plus important était
de montrer aux téléspectateurs que la pétanque
pouvait être jouée à très haut niveau et
qu'elle pouvait être très belle à regarder.
Ce fut l'une des finales les plus belles où il n'y eu aucun déchet.
Et surtout : être si détendu et amical en pleine finale
et jusqu'au dernier point...
C'est pour moi l'exemple de la pétanque telle qu'elle doit être
répandue.
Trois boules, trois amis et une vie pour tous.
Trois amis, trois qualités qui font grandir.
Trois autres amis et qualités.
Certains diront : "Tout cela, c'est de l'utopie !"
Mais non ! Tout cela, c'est la vie !
Et il n'y a pas d'autre vie que la vie.
Ou notre vie est heureuse, ou elle est malheureuse.
Cela n'est pas la faute de la vie, mais il dépend de nous que
la vie soit heureuse ou malheureuse.
Qu'est ce que l'ami, sinon l'ami de bien ?
L'ami avec un grand A qui est Amour, c'est à dire Un avec l'autre.
Que peut-on attendre d'un ami ?
De la sincérité, de la disponibilité, de la bonté
qui élève l'esprit et du vivant qui autorise l'autre à
être encore plus brillant, encore meilleur.
L'ami de bien, c'est celui sur qui l'on peut se reposer parfois, et
en même temps celui qu'on est heureux de protéger, de porter
et de bousculer pour son bien-être.
Je sais combien il est difficile de former une très bonne triplette,
et même une doublette, et comme il est difficile d'être
son propre ami en simplette...
Mais lorsqu'on est ami, en unité avec soi-même, on est
alors ami avec tous les êtres et en unité avec tous.
Lorsqu'on est en conflit avec soi-même, tous les êtres deviennent
adversaires.
L'adversité est conflit et malheur.
L'amitié, c'est l'amour intelligent, par comparaison avec l'amour
idiot ou égoïste.
Donc, trois boules, trois amis et trois victoires, car tous auront grandi
ensemble.
Ce bonheur peut dès lors se répandre autour de nous dans
notre entourage, au coeur même de notre vie.
Aussi, le disciple, ou être disciple, c'est être à
l'écoute de nos qualités et les faire grandir d'avantage.
Je crois en la boule en tant qu'éducation possible pour bon nombre
de jeunes à venir.
Je crois totalement en cette noble pratique et souhaite que les écoles
de pétanque fleurissent pour de belles rencontres et pour le
plus grand bonheur des spectateurs.
Par ce modeste discours, j'ai voulu participer un peu à ma façon
à l'effort fait par ces grands champions qui, par leur attitude,
fait se relever un art resté trop longtemps inaccompli et sans
beauté réelle.
N'oublions tout de même pas que tirer ou pointer une boule à
travers un regard plus élargi n'a plus d'intérêt
dès lors qu'il faut exécuter un tir spécifique
comme : la taper à droite ou à gauche ou faire un devant
de boule.
Ce que j'ai voulu dire, c'est d'alterner l'exclusif avec l'inconscient
pour ne pas être figé.
Je souhaite à tous d'atteindre par la pétanque ce qui
est si difficile à atteindre dans la vie : le bonheur, l'amitié,
la liberté et la beauté.
KAISEN